Comment l’intelligence artificielle générative (ou IAg) façonne la perception de la vérité à l’ère des fausses nouvelles.

Introduction à L’intelligence artificielle générative
L’intelligence artificielle générative (IAg) c’est quoi? Lorsqu’on parle d’IAg, on fait en réalité référence à des algorithmes de probabilité. Ces algorithmes ont été entraînés par des scientifiques et des chercheurs à partir d’immenses bases de données issues du web, lesquelles ne sont pas nécessairement libres de droits1 selon la mathématicienne Cathy O’Neal (2019).
Le terme général que l’on emploie, « intelligence artificielle », n’a rien d’intelligent à proprement parler, mais il est assurément artificiel.
Depuis plusieurs années, on retrouve cette technologie à travers notre consommation numérique comme dans les algorithmes de recommandation de films ou de musique au coeur de nos applications favorites. L’IAg qui produit des images avec nos requêtes n’est pas si récente. Le prédécesseur de Dall-E par exemple date de 2016 et était un logiciel entrainé par des chercheurs afin qu’il puisse créer des images nouvelles à partir de texte (Text2image)2.
La popularité grandissante de l’utilisation de l’IAg est due, depuis quelques années, grâce aux compagnies comme Stable Diffusion et Open AI. Du côté d’Open AI, on parle de robots conversationnels avec qui on peut écrire et échanger des pensées. On peut également faire des recherches à voix haute avec nos compagnons de cellulaire comme Siri ou on peut simplement générer des images à l’aide d’applications selon nos mots clés. Par exemple, Midjourney compte actuellement plus de 16.4 millions d’utilisateurs qui génèrent des images à tous les jours3.
L’utilisation de ces outils est maintenant imbriqué dans nos vies personnelles et au travail. L’IA générative apporte une large démocratisation dans plusieurs sphères de création de contenu et on pourrait y voir que des avantages, mais toute nouvelle technologie, vient également avec ses difficultés et problématiques.
L’ère de la surconsommation numérique et des fausses nouvelles
Présentement, on compte 8.58 billion d’appareils en cours d’utilisation sur terre4. Nous vivons actuellement dans un moment de surconsommation de contenu sur le web à travers les plateformes de partage et dans les médias socionumériques. La facilité d’accéder à des outils d’intelligence artificielle ne fais qu’augmenter sa présence dans les nouveaux médias et dans le contenu partagé sur les médias sociaux. Comme nous sommes submergés par tout ce contenu, notre cerveau se retrouve à faire face à des biais cognitifs. On devient alors vulnérables devant les fausses informations partagées parce que notre cerveau ne veut que filtrer et simplifier les informations reçues. Par exemple, par le biais de vérité illusoire, le fait de voir du contenu généré par l’IA à répétition, va nous désensibiliser et rendre ce visuel familier. Donc, à la longue, on ne se posera plus la question à savoir si c’est du contenu vrai ou faux5.
Nous vivons aujourd’hui à l’ère des fausses nouvelles. Toute génération de contenu par l’IA est, par définition, une fausse information. Il s’agit d’un amalgame de plusieurs sources ayant servi à l’entraînement d’un algorithme. Il est également possible que quelqu’un rédige intentionnellement un texte dans le but de générer un visuel, une voix ou un contenu textuel pouvant être utilisé comme arme de désinformation.
Les tendances trompe-l’oeil
Ce qui avait surtout ouvert le bal pour entamer la réflexion et les discussions sur l’art génératif par l’intelligence artificielle était au moment où un artiste numérique s’est inscrit à un concours d’art et a gagné le grand prix de la catégorie d’art digital. Jason Allen a soumis une image et n’a pas mentionné qu’il l’avait fait générer par Midjourney et AI Gigapixel . Il gagne tout de même la première place et un prix en argent de 300$.

Dans des cas un peu moins lourds, on peut voir en exemple les vidéos7 générées par l’IA qui démontrent la ville de Québec dans ses plus belles couleurs, mais qui sont des images complètement fausses. Ici, nous sommes face à un cas de biais de popularité, car il s’agit de vidéos largement partagées à l’international, sans que les gens prennent la peine d’en vérifier l’exactitude. En tant que consommateurs de contenu sur le web, nous pourrions souvent nous questionner sur la véracité d’une œuvre d’art, sans réellement savoir si elle est authentique ou générée par l’IA. Une autre question se pose : même en dehors d’une intention de manipulation ou de désinformation, peut-on considérer que les créateurs de ces images et vidéos sont, malgré tout, des artistes en arts numériques, selon certains ?
L’intention à la désinformation

Nous vivons en ce moment une crise du journalisme. Autrefois, il était possible de retrouver une information provenant d’une source fiable, issue le plus souvent d’un média traditionnel. Il était donc plus facile de retracer l’origine d’un ouï-dire ou d’une annonce publique faite par une personne d’importance. Aujourd’hui, avec la facilité de production de contenu généré par l’IAg et l’augmentation du trafic sur les plateformes de partage numérique, il est devenu difficile de retrouver la source primaire d’une information, voire de déterminer si ce que l’on voit à l’écran est vrai ou faux.
Les risques liés aux nouvelles technologies génératives dépassent l’imagination. Des groupes dangereux peuvent prendre la parole pour quelqu’un d’autre et déclencher des discours haineux ou très péjoratifs afin de générer des changements qui les avantageraient en utilisant les technologies deepfake8. De plus, les politiciens actuels méprisent les journalistes officiels et leurs affiliations. Selon De Grosbois, « ce mépris se traduit par des tentatives de museler les journalistes et les scientifiques, notamment sous les gouvernements de Harper et de Trump »9. On retrouve maintenant sur le web, des informations trompeuses générant des profits aux entreprises à but lucratif. Certains pays eux-mêmes génèrent même du faux contenu pour l’effort de guerre. Par exemple, la Russie, aurait fait une campagne de fausses nouvelles afin de produire du contenu contre les démocrates lors de la campagne présidentielle de 2024 pour amplifier l’effet MAGA sur les réseaux sociaux10.
Vers l’avenir
Nous vivons une période particulièrement complexe et polarisante. Tant sur le plan informatif que technologique, nous sommes confrontés à des faits qui dépassent parfois la réalité. Il est essentiel de se poser les bonnes questions afin de ne pas être trompé par des acteurs mal intentionnés. Une bonne éducation aux nouvelles technologies est également nécessaire pour apprendre à distinguer une information véridique d’une fausse.
Je suis d’avis que si nous éduquons les jeunes générations à ces enjeux, nous aurons une population plus éclairée et plus consciente des défis posés par l’intelligence artificielle. Les fausses nouvelles ne disparaîtront jamais totalement, mais travaillons ensemble pour, à tout le moins, en minimiser l’impact.
Un mot de l’auteur
Santiago Betancour est finissant au baccalauréat en communications – création de médias interactifs. Se définissant comme artiste visuel et technicien audiovisuel, il considère essentiel de se tenir à jour sur le fonctionnement des nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle générative et ses enjeux dans le monde et dans le domaine des arts. Cette nouvelle technologie influencera profondément son approche du travail et orientera la manière dont il créera de l’art numérique.
Bibliographie
- Konbini. (2019). La mathématicienne Cathy O’Neal nous alerte sur les algorithmes [Vidéo]. https://www.youtube.com/watch?v=PAosWff57Gg
- Vox. (2023). AI art explained [Vidéo]. https://www.youtube.com/watch?v=SVcsDDABEkM
- Matic Broz. (2024, 20 décembre). Midjourney statistics (2025). https://photutorial.com/midjourney-statistics/
- Felix Richter. (2023, 11 avril). Charted: There are more mobile phones than people in the world. https://www.weforum.org/stories/2023/04/charted-there-are-more-phones-than-people-in-the-world/#:~:text=According%20to%20the%20International%20Telecommunication,billion%20halfway%20through%20the%20year
- Laurence Grondin-Robillard. (2025). L’intelligence artificielle, les biais algorithmiques et des limites. EDM2210 [PowerPoint]
- Belinda Teoh. (2022, 13 septembre). Art Made by AI Wins Fine Arts Competition. https://impakter.com/art-made-by-ai-wins-fine-arts-competition/#:~:text=The%20winning%20artwork%2C%20submitted%20by,won%20a%20%24300%20cash%20prize
- Cozydreamrenders. (2024, 17 décembre). Step into the magic of Quebec City at Christmas 🎄✨ Snow-covered streets, twinkling lights, and European charm create the perfect winter wonderland! ❄️🎁 [Vidéo]. TikTok. https://www.tiktok.com/@cozydreamrenders/video/7446857665457736992?is_from_webapp=1&web_id=7480731264409110071
- Naffi, N. (2020, 19 février). L’hypertrucage : une grave menace pour notre sécurité et la démocratie. The Conversation. https://theconversation.com/lhypertrucage-une-grave-menace-pour-notre-securite-et-la-democratie-131741
- Laurence Grondin-Robillard. (2025). Des crises institutionelles: Accélération, mode décisionnel-opérationnel et la détranscendantalisation. EDM2210 [PowerPoint].
- Associated Press. (2024, 23 octobre). Russia behind viral disinformation targeting Tim Walz, says US official. https://www.theguardian.com/us-news/2024/oct/23/tim-walz-russia-disinformation