Des personnes étudiantes analysent l’information, les algorithmes et la logique des plateformes.
Des personnes étudiantes analysent l’information, les algorithmes et la logique des plateformes.

La circulation de l’information et ses enjeux

À l’ère des médias socionumériques, la circulation de l’information est plus intense que jamais et ce, sans vérification des faits nécessaire.  Ceci soulève de nombreuses préoccupations, surtout à l’ère de post-vérité où nous nous retrouvons (Girel, 2021). Une ère où nous donnons plus d’importance au contenu qui fait appel aux émotions et aux croyances personnelles plutôt qu’aux faits objectifs partagés par des experts (Oxford Dictionnary, 2016). Cette dynamique transforme notre rapport aux informations que l’on consomme et partage, alors il est essentiel de se questionner : pourquoi la circulation de l’information sur les médias sociaux est-elle aujourd’hui considérée comme une préoccupation fondamentale?

En tant qu’étudiante en communication, je m’intéresse particulièrement au phénomène de la circulation d’information, puisque je suis témoin des conséquences de la post-vérité et des effets néfastes que cela peut engendrer sur la société. Je souhaite donc explorer avec vous quelles sont les préoccupations et les raisons de cette circulation d’information dans cette ère trouble.

Ordinateur sur un bureau

Définir la circulation de l’information 

Il est important de bien établir ce qu’est le phénomène de la circulation de l’information avant de se lancer dans le vif du sujet. Le concept se résume à la transmission d’un message, autant au niveau de sa réception que de son interprétation et de son appropriation. La circulation de l’information est un processus social qui permet aux individus d’avoir accès à du contenu et d’en partager (Breux et Couture, 2022).

Régime de vérité et post-vérité 

Le concept des régimes de vérité n’est pas un concept fixe pour Foucault, mais une construction sociale et historique qui se reproduit au travers des dispositifs de savoirs et de pouvoir des sociétés et comment elles se transforment et évoluent. C’est le régime de vérité qui définit les normes sociales et qui considère ce qui est « vrai » ou non dans la société. C’est donc avec l’évolution des régimes de vérités que la perception de l’information change dans la société (Guerrier, 2020).

Il est important de noter que l’information, peu importe sous quel régime de vérité elle circule, reste un outil de pouvoir et de contrôle quant aux comportements et aux croyances des individus. Bien que le concept de vérité ne soit pas fixe, il n’est également pas universel. En ce sens, ce n’est pas tout le monde qui s’entend sur ce qu’il représente ou qui y donne la même importance. En 2025, nous nous trouvons donc dans un système de post-vérité, où les informations qui sont partagées avec une charge émotionnelle sur les médias socionumériques sont perçues comme plus importants que l’information qui relate de fait vérifié.

Importance de la viralité dans la circulation de l’information

Dans le monde de « post-vérité » dans lequel on vit, on note que la circulation de l’information est maintenant plus importante que l’information elle-même (Grondin-Robillard, 2025). L’effet de viralité qu’un sujet ou contenu peut apporter au créateur devient plus important que la véracité du message (retombées monétaires, succès, visibilité). La circulation devient une médiation techno-économique de données pour les plateformes et les diffuseurs qui sont gagnants face à la viralité de leur contenu (Triby, 2020). La circulation d’information n’est plus une question de partage d’information juste et de qualité aux consommateurs, mais une question de circulation, voire de viralité avec de la chance.

Capitalisme numérique

Ceci nous amène au phénomène du capitalisme numérique. Le concept se résume encore une fois au cycle de la production, circulation et consommations des informations partagées. Le grand nombre de données collecté permet aux plateformes de faire du profit en profilant les utilisateurs à partir des données récoltées à leur sujet, puis en leur renvoyant une communication personnalisée pour capter et maintenir leur attention sur ladite plateforme. En ce sens, c’est la création de contenu sensationnaliste et le roulement des partages qui créent le trafic numérique (Broca, 2022).

Ce capitalisme numérique dicte les carcans des plateformes, ce qui encourage l’ère de la « post-vérité ». En produisant, des publications d’actualité « choque » pour maintenir l’intérêt des utilisateurs, cela crée une plus grande visibilité que pour des faits vérifiés. La circulation d’information est basée sur le système capitaliste numérique, les informations soient véridiques ou trompeurs ont peu d’importance: l’important est leur circulation (Grondin-Robillard, 2021).

L’hyperindividualisme et ses effets sur nos comportements

Le capitalisme numérique accélère le phénomène de l’hyperindividualisme. Ledit phénomène se définit par des individus qui veulent s’émanciper des institutions et se construire par et pour eux-mêmes. C’est donc à l’aide des médias et réseaux sociaux que les individus peuvent partager des faits comme des opinions ou leurs propres vérités. C’est en créant leur propre espace qu’ils se restreignent à consommer du contenu faisant échos à leurs points de vue personnels et intérêts. En ce sens, ce sont eux les créateurs de sens et non les grandes institutions (Mondoux, 2011). C’est en étant victime de cette hyperindividualité que nous tombons tous dans nos chambres d’écho et bulles de filtres sur les plateformes numériques. Nos idéologies sont amplifiées par le contenu avec lequel nous interagissons et créons nous-même, soit en participant à la création de contenu et en consommant le contenu des autres, ce qui crée les chambres d’écho (Barbera, 2020).

Définitions des chambres d’écho et bulle de filtre

Pour faciliter la compréhension des concepts, voici les définitions de chambre d’écho et bulle de filtre…

Le concept chambre d’écho désigne le phénomène par lequel les médias sociaux renforcent le sentiment de communauté entre des individus qui partagent des intérêts similaires. En interagissant avec des utilisateurs qui partagent les mêmes opinions, les individus s’exposent peu à des points de vues divergeants, ce qui les placent dans des chambres d’écho. (Brest, 2024). La chambre d’écho se crée assez consciemment, puisque ce sont des actions réelles que l’individu pose pour accéder à sa chambre d’écho, comme en s’abonnant, en commentant, etc.

Le terme bulle de filtre, quant à lui, désigne le mécanisme de filtrage fait par les algorithmes des différentes plateformes. Les bulles de filtres se présentent sous forme de dispositifs de personnalisation du contenu proposé. Cela a pour conséquence d’isoler l’utilisateur en réduisant la diversité de contenu auquel il a accès (Brest, 2024). Ce processus se fait donc à l’insu de l’utilisateur. 

Conséquence sociale et état de crise

Toutes ces réalités créent une situation de crise, puisque l’extrême production d’information (ou contenu) en circulation crée une perte de l’habilité à produire la vérité (Grondin-Robillard, 2025). C’est maintenant l’opinion individuelle qui est le plus accueillie sur les plateformes sociales et c’est pourquoi on parle ici d’une perte de la vérité factuelle. En acceptant cette réalité, on crée collectivement de nouvelles vérités individuelles, soit la post-vérité. C’est pourquoi la circulation de l’information reste une préoccupation fondamentale, puisqu’elle joue un rôle direct face au régime de vérité dans lequel on vit. Comme la circulation de l’information est un système qui fonctionne grâce à ses utilisateurs, le régime de vérité est une représentation de la société (Guénoun et Troubé, 2020).

Cette circulation est alarmante pour la société qui a de moins en moins accès à de l’information de qualité. D’ailleurs, on pourrait se pencher sur la question de la désinformation, qui vous l’aurez deviné, est omniprésente dans l’ère de la post-vérité. D’ailleurs, d’après la recherche effectué en 2024 par Net tendance sur la consommation des québécois des « Actualités en ligne et réseaux sociaux », seulement 31% des internautes ont une confiance très élevée envers leurs capacités à détecter la désinformation et les fausses nouvelles (ATN, 2024, p.16). C’est pourquoi il faut se questionner sur la circulation d’information et comment nous consommons ce qui nous est présenté.

Conclusion

En somme, la circulation de l’information en 2025 n’est plus qu’un simple échange de contenu en ligne, mais contribue à une transformation sociale, culturelle et politique de la société. L’ère de la poste vérité alimenté par la viralité, le capitalisme numérique, l’hyperindividualisme, les chambres d’échos et la désinformation remet en doute notre capacité collective à produire, consommer et partager du contenu sans structure, ni filtre, comme il est instauré dans les médias d’informations, comme le journalisme par exemple. La tendance vers la logique émotionnelle plutôt que factuelle peut causer de réels impacts à notre rapport au savoir. Il est donc essentiel de comprendre le mécanisme derrière notre consommation de contenu en ligne afin de pouvoir développer un esprit critique face à notre position dans la circulation de l’information.

Médiagraphie

ATN. (2024). Actualités en ligne et réseaux sociaux. NETendances, 15 (3), p.16. https://transformation-numerique.ulaval.ca/wp-content/uploads/2024/11/netendances-2024-actualites-en-ligne-et-reseaux-sociaux.pdf

Barberá, P. (2020). Social Media, Echo Chambers, and Political Polarization. In N. Persily & J. A. Tucker (Éds.), Social Media and Democracy (1re éd., p. 34‑55). Cambridge University Press.  http://pablobarbera.com/static/echo-chambers.pdf

Brest, A. (2024). Bulles de filtre et chambres d’écho. Fondation Descartes.  https://www.fondationdescartes.org/2020/07/bulles-de-filtre-et-chambres-decho/

Breux, S et Couture, J. (2 mars 2022). Circulation de l’information et définition de la démocratie dans certaines municipalités québécoises : points de vue des élus municipaux et de quelques acteurs clés. Érudit, 41 (2), p.19-42. https://www.erudit.org/fr/revues/ps/2022-v41-n2-ps06818/1086923ar/

Broca, S. (2022). Le capitalisme numérique comme système-monde. Cairn Info, 231 (1), 167-194. https://shs.cairn.info/revue-reseaux-2022-1-page-167?lang=fr

Girel, M. (2021). Post-vérité comme inquiétude. Cairn Info, 164 (1), 11-29. https://shs.cairn.info/revue-cahiers-philosophiques-2021-1-page-11?lang=fr

Grondin-Robillard, L. (2025). Cours EDM2210, séance 7.  Moodle. UQAM

Grondin-Robillard, L. (2021). Propagande et fausses nouvelles : Analyse d’une ingérence politique et informationnelle sur Instagram. Archipel. https://archipel.uqam.ca/14165/

Guénoun T et Troubé S. (2020). Post-vérité, complots, fake news : d’une fictionnalisation de la vérité au mythe de la facticité. Cairn Info, 55 (2), 165-184. https://shs.cairn.info/revue-cahiers-de-psychologie-clinique-2020-2-page-165?lang=fr&tab=texte-integral#re2no2

Guerrier, O. (30 octobre 2020). Qu’est ce qu’un régime de vérité ?  Les cahier de Framespa e-Storia, OpenEdition Journals. https://journals.openedition.org/framespa/10067

Mondoux, A. (2011). Identité numérique et surveillance. Cairn Info, Vol.7 (1), 49-59. https://shs.cairn.info/revue-les-cahiers-du-numerique-2011-1-page-49?lang=fr

Oxford English Dictionnary, Oxford, Oxford University Press, 2016. https://languages.oup.com/word-of-the-year/2016/

Triby, E. (11 mai 2020). André MONDOUX et Marc MÉNARD (dir.) (2018), Big Data et société. Industrialisation des médiations symboliques. Communication, OpenEdition Journals.  https://journals.openedition.org/communication/11978